
Un monde féerique en pierres dorées
En arrivant devant la maison de Stéphanie Fito, à Civrieux-d’Azergues, l’œil s’attarde sur le grand moulin, les différentes tours de châteaux et autres sculptures en pierre dorée — un spectacle pour le moins surprenant. Cela fait quatre ans qu’elle et son mari ont acheté le Jardin de nous deux, construit par Charles Billy (1909-1991).
Lorsqu’ils ont visité l’endroit, malgré la mousse et les ronces qui recouvraient entièrement le sol, la végétation qui cachait la plupart des sculptures, et les pierres qui avaient noirci en raison d’un manque d’entretien, le couple a eu un coup de cœur.
« Avant de le visiter, il était écrit sur l’annonce qu’il y avait des sculptures, mais on ne voyait pas qu’il y en avait autant. L’agence n’avait sans doute pas envie de le mettre en avant vu que c’était en mauvais état », confie l’actuelle propriétaire. Le couple décide non seulement d’acheter la maison et son incroyable jardin, « afin d’éviter que d’autres acheteurs cassent tout », mais aussi de le restaurer et de l’ouvrir aux visiteurs.
De l’autre côté de la résidence s’ouvre un monde féerique. Les 1 500 m2 de terrain accueillent les répliques des différents monuments observés durant les voyages de Charles Billy et de son épouse Pauline : un temple bouddhiste, le Parthénon d’Athènes, la mosquée de Sainte-Sophie, le portique de Tivoli…
« À la base, il a fait ça par amour pour sa femme. Leur chambre donnait directement sur ce jardin et ils voulaient se lever et se coucher avec la vue sur leurs souvenirs de voyage », explique Stéphanie Fito. Durant 16 années, Charles Billy s’est employé à donner forme à chacune des pierres qui composent cet univers.
« Il n’avait aucune formation dans la sculpture, il s’est lancé seul au moment de la retraite. À la base, il était dessinateur de lingerie féminine », ajoute-t-elle. Difficile à croire lorsque l’on voit avec quels détail, précision et application l’ouvrage a été façonné.
Cet art brut est inspiré du Palais idéal du facteur Cheval situé à Hauterives (Drôme). C’est en effet à la suite de la visite de ce palais en 1968 que Charles Billy a décidé de faire la même chose chez lui. Bon vivant, on retrouve parmi ses créations quelques notes d’humour : une plaque qui représente une scène de ménage, un château nommé « Kelkeparméou », mais aussi de nombreuses références au beaujolais et à la fête des conscrits.
Stéphanie Fito, son époux et différents bénévoles œuvrent au quotidien pour jardiner, nettoyer la pierre et recoller quelques morceaux qui se cassent au gré du vent et des pluies. La Fondation du patrimoine a ouvert une collecte de dons pour les aider financièrement.
Certaines sculptures menacent de s’effondrer et doivent être consolidées à la base. Une véritable angoisse pour Stéphanie Fito, assistante commerciale à l’origine, qui organise désormais des visites guidées de ce lieu insolite. Elle fait tout son possible pour sauver ce patrimoine.
« Quand il grêle, je ramasse des morceaux de sculpture dans le jardin… on n’a pas encore récolté tous les dons nécessaires et j’ai peur de ne pas avoir assez pour tout faire. Ce serait vraiment dommage de ne faire qu’une partie », confie-t-elle.
Accueillir des visiteurs dans son propre jardin, n’est-ce pas un peu intrusif ? « On en profite en famille, on garde des moments pour nous pour que ça ne soit pas trop envahissant, mais c’est un lieu apaisant, harmonieux, poétique, que l’on ne pouvait garder rien que pour nous », raconte cette maman de deux filles qui aiment jouer dans leur jardin aux airs fantasques.
À terme, Stéphanie Fito aimerait engager une démarche pour que le lieu soit classé. « On ne sait jamais ce qui peut nous arriver et si la maison était mise en vente, je ne voudrais pas qu’elle tombe entre de mauvaises mains », exprime-t-elle.
Quels sont les défis à relever lorsque l’on est propriétaire d’un tel endroit ? « C’est comprendre comment s’y prendre et s’entourer de personnes qui aident vraiment. Il faut investir beaucoup de temps et d’énergie et se faire accompagner. »
Votre famille vous a-t-elle encouragés, votre mari et vous, dans ce projet ? « Nos familles étaient un peu méfiantes, elles ne savaient pas trop quoi nous conseiller. C’était un projet risqué car on n’a fait évaluer la faisabilité des travaux qu’après avoir acheté. Mais lorsque l’on a pris le premier apéro avec un joli coucher de soleil sur les sculptures, ils nous ont dit qu’on avait bien fait ! »
Pour visiter le Jardin de nous deux, il est impératif de prendre rendez-vous avec Stéphanie Fito : lejardindenousdeux@gmail.com
Source:
TRIBUNE DE LYON