
Logement : la nouvelle étude de l’Insee qui va à l’encontre des idées reçues
Logement : la nouvelle étude de l’Insee qui va à l’encontre des idées reçues
Le poids du logement dans le budget des ménages français a diminué entre 2014 et 2024. Selon une nouvelle étude de l’Insee, les ménages consacraient en moyenne 16,8 % de leurs revenus à leur résidence principale en 2024, contre 18,3 % dix ans plus tôt.
Ce chiffre pourrait laisser penser que la pression financière liée au logement s’est globalement atténuée. Pourtant, cette moyenne masque de fortes disparités. Les ménages les plus modestes, les locataires, les jeunes, les personnes seules et les familles monoparentales restent beaucoup plus exposés au coût du logement.
L’étude apporte donc une lecture nuancée : le poids moyen du logement a baissé, mais cette évolution ne profite pas de la même manière à tous les ménages.
"En 2024, les ménages consacrent en moyenne 16,8 % de leurs revenus à leur résidence principale, après déduction des aides au logement."
— Insee, Insee Première n° 2128
Table des matières
La suppression de la taxe d’habitation a contribué à cette baisse
Les moyennes cachent de fortes différences entre les ménages
Un ménage sur dix consacre plus de 40 % de ses revenus à son logement
Le poids moyen du logement a diminué en dix ans
En France, hors Mayotte, les ménages consacraient en moyenne 16,8 % de leurs revenus à leur habitat principal en 2024. En 2014, cette part atteignait 18,3 %.
La mesure retenue par l’Insee correspond au poids du logement après prise en compte de plusieurs dépenses : les loyers ou les mensualités de remboursement, les charges, la taxe foncière et, pour les ménages concernés, la taxe d’habitation. Les aides au logement sont ensuite déduites.
Cette approche permet de mesurer le taux d’effort net, c’est-à-dire la part des revenus réellement consacrée au logement après déduction des aides.
Année
Part moyenne des revenus consacrée au logement
2014
18,3 %
2024
16,8 %
Évolution
-1,5 point
La réponse à la question « quelle part des revenus les ménages consacrent-ils à leur logement ? » est donc de 16,8 % en moyenne en 2024. Mais ce résultat doit être interprété avec prudence : il s’agit d’une moyenne nationale, qui rassemble des situations très différentes.
📊 16,8 % des revenus en 2024, contre 18,3 % en 2014 - Poids moyen du logement dans le budget des ménages
La suppression de la taxe d’habitation a contribué à cette baisse
La principale explication avancée par l’Insee est la suppression progressive de la taxe d’habitation entre 2018 et 2023.
Cette évolution fiscale a réduit les dépenses liées au logement pour une grande partie des ménages. Elle a donc contribué mécaniquement à faire baisser le taux d’effort moyen calculé par l’Insee.
La hausse de la taxe foncière n’a compensé que faiblement cet effet. Il ne faut toutefois pas présenter la suppression de la taxe d’habitation comme l’unique facteur de l’évolution observée. La baisse du poids moyen du logement s’explique également par les évolutions respectives des revenus, des loyers, des mensualités de remboursement et des charges.
Autrement dit, le résultat final dépend à la fois des dépenses effectivement engagées par les ménages et de la progression de leurs ressources.
"La baisse globale du taux d’effort net s’explique principalement par la suppression de la taxe d’habitation, tandis que la hausse de la taxe foncière n’en a compensé qu’une faible partie."
— Insee, Insee Première n° 2128
Les revenus ont progressé plus vite que les loyers
Entre 2014 et 2024, les différents éléments entrant dans le calcul du coût du logement n’ont pas évolué au même rythme.
D’après les données présentées dans l’étude :
les revenus des ménages ont augmenté d’environ 25 % ;
les loyers et les mensualités de remboursement ont progressé d’environ 21 % ;
les charges liées à l’eau et à l’énergie ont augmenté d’environ 17 %.
Ces évolutions permettent de comprendre pourquoi le poids moyen du logement a diminué. Les revenus ont progressé davantage que les loyers, les mensualités de remboursement et certaines charges.
Cette comparaison ne signifie pas que les dépenses de logement ont baissé en valeur pour tous les ménages. Elle indique que leur évolution a été moins rapide que celle des revenus en moyenne sur la période étudiée.
Poste
Évolution approximative entre 2014 et 2024
Revenus des ménages
+25 %
Loyers et mensualités de remboursement
+21 %
Charges liées à l’eau et à l’énergie
+17 %
Le coût du logement en France doit donc être analysé à la fois en euros et en proportion des revenus. Une dépense peut augmenter, tout en représentant une part légèrement plus faible du budget moyen si les revenus progressent plus rapidement.
Les moyennes cachent de fortes différences entre les ménages
Le niveau de vie et le statut d’occupation jouent un rôle essentiel dans le poids du logement. Les locataires consacrent généralement une part plus importante de leurs revenus à leur résidence principale que les propriétaires ayant terminé de rembourser leur emprunt.
En 2024, le taux d’effort net atteint :
Situation du ménage
Part des revenus consacrée au logement
Locataires du parc privé
25,4 %
Locataires du parc social
24 %
Propriétaires accédants
23,3 %
Propriétaires sans emprunt
7,4 %
Les locataires du parc privé affichent le taux d’effort le plus élevé parmi les catégories citées, avec 25,4 %. Les locataires du parc social consacrent pour leur part 24 % de leurs revenus à leur logement.
L’écart avec les propriétaires sans emprunt est particulièrement marqué. Pour ces derniers, le taux d’effort s’établit à 7,4 %. Une fois le crédit immobilier remboursé, les dépenses liées au logement ne comprennent plus de mensualité d’emprunt, ce qui réduit fortement la part du budget consacrée à l’habitat.
Ces chiffres illustrent une fracture importante entre les ménages propriétaires sans emprunt et ceux qui doivent encore payer un loyer ou rembourser un crédit.
Les ménages modestes sont les plus pénalisés
L’évolution moyenne observée entre 2014 et 2024 ne concerne pas les ménages de manière uniforme. Pour les 25 % des ménages les plus modestes, le poids du logement a augmenté de 1,1 point en dix ans.
En 2024, leur taux d’effort atteint 32,1 % du budget. Cette proportion est nettement supérieure à la moyenne nationale de 16,8 %.
L’étude souligne également une baisse de 18 % des aides au logement sur la période. Cette diminution a contribué à alourdir le poids net du logement pour les ménages concernés.
Le rôle des aides est central dans l’analyse. Deux ménages peuvent payer un loyer comparable, mais supporter un effort financier très différent selon leur niveau de revenus et le montant des aides dont ils bénéficient.
Pour les ménages modestes, une hausse ou une baisse relativement limitée des aides peut avoir un effet important sur le budget disponible pour les autres dépenses : alimentation, énergie, transport ou santé.
📊 32,1 % du budget en 2024, soit une hausse de 1,1 point en dix ans - Taux d’effort des 25 % des ménages les plus modestes
Un ménage sur dix consacre plus de 40 % de ses revenus à son logement
Au-delà des moyennes, l’étude de l’Insee met en évidence une situation de forte contrainte budgétaire : 10 % des ménages consacrent plus de 40 % de leurs revenus à leur logement en 2024.
Cette proportion est encore plus élevée chez les locataires : un locataire sur cinq se trouve dans cette situation.
Les propriétaires accédants sont également concernés. 11 % d’entre eux consacrent plus de 40 % de leurs revenus à leur logement. Pour ces ménages, le remboursement de l’emprunt immobilier pèse particulièrement lourd dans le budget.
Ces chiffres montrent qu’un taux d’effort moyen ne suffit pas à décrire l’ensemble des situations. Une majorité de ménages peut connaître un taux d’effort inférieur à la moyenne, tandis qu’une minorité supporte une charge particulièrement élevée.
Le seuil de 40 % constitue ainsi un repère utile pour comprendre les situations de tension financière, sans pour autant résumer à lui seul la diversité des budgets des ménages.
Les jeunes et les familles monoparentales davantage exposés
L’âge et la composition du ménage influencent également le poids du logement.
Les personnes de moins de 30 ans affichent un taux d’effort net de 25,7 %. À l’inverse, les personnes âgées de plus de 65 ans consacrent moins de 13 % de leurs revenus à leur logement.
Cette différence s’explique notamment par des parcours résidentiels distincts. Les jeunes sont plus souvent locataires et disposent de revenus relativement faibles, selon les éléments présentés dans l’étude. Ils sont donc davantage exposés au niveau des loyers et aux variations de leurs ressources.
Les personnes seules de moins de 65 ans font également partie des ménages les plus concernés. Lorsqu’une seule personne assume le loyer ou les charges, les dépenses de logement sont moins facilement réparties entre plusieurs revenus.
Les familles monoparentales sont elles aussi particulièrement exposées. Elles disposent souvent d’un seul revenu pour couvrir les dépenses du foyer, tout en ayant des besoins de logement liés à la présence d’un ou plusieurs enfants.
L’étude met donc en lumière plusieurs facteurs de fragilité qui peuvent se cumuler : être jeune, vivre seul, appartenir à un ménage modeste ou élever seul ses enfants.
Questions fréquentes
Quel est le poids du logement dans le budget des ménages en 2024 ?
En moyenne, les ménages consacrent 16,8 % de leurs revenus à leur résidence principale en 2024, après déduction des aides au logement. Ce chiffre concerne la France hors Mayotte.
Comment a évolué le coût du logement entre 2014 et 2024 ?
Le poids moyen du logement a diminué, passant de 18,3 % des revenus en 2014 à 16,8 % en 2024. Cette baisse s’explique principalement par la suppression progressive de la taxe d’habitation, mais aussi par une progression des revenus plus rapide que celle des loyers et des charges.
Quels ménages consacrent le plus d’argent à leur logement ?
Les ménages modestes, les locataires du parc privé, les jeunes, les personnes seules de moins de 65 ans et les familles monoparentales sont les plus exposés. Les 25 % des ménages les plus modestes affichent un taux d’effort de 32,1 % en 2024.
Quel est le taux d’effort moyen des locataires ?
Le taux d’effort net s’élève à 25,4 % pour les locataires du parc privé et à 24 % pour les locataires du parc social. Il atteint 23,3 % pour les propriétaires accédants et seulement 7,4 % pour les propriétaires sans emprunt.
Pourquoi les ménages modestes sont-ils davantage touchés par le coût du logement ?
Les ménages modestes consacrent déjà une part importante de leurs revenus à leur logement. La baisse de 18 % des aides au logement sur la période a contribué à augmenter leur taux d’effort, qui a progressé de 1,1 point entre 2014 et 2024.
Chiffres clés
📊 16,8 % : part moyenne des revenus consacrée au logement en 2024, contre 18,3 % en 2014.
Source : Insee, Insee Première n° 2128
🏠 25,4 % : taux d’effort net des locataires du parc privé.
Source : Insee, Insee Première n° 2128
💶 32,1 % : taux d’effort des 25 % des ménages les plus modestes en 2024.
Source : Insee, Insee Première n° 2128
⚠️ 10 % : part des ménages consacrant plus de 40 % de leurs revenus à leur logement.
Source : Insee, Insee Première n° 2128
Conclusion
La nouvelle étude de l’Insee remet en question une idée souvent répandue : le logement ne pèse pas nécessairement davantage dans le budget moyen des ménages qu’il y a dix ans. Entre 2014 et 2024, sa part moyenne a même diminué, passant de 18,3 % à 16,8 % des revenus.
Cette évolution ne signifie pas pour autant que le logement est devenu moins cher pour tous. La moyenne nationale masque une forte fracture entre les propriétaires sans emprunt, dont le taux d’effort est limité, et les ménages locataires ou modestes, qui consacrent une part bien plus importante de leurs ressources à leur habitat.
Avec un taux d’effort de 32,1 % pour les ménages les plus modestes, une baisse de 18 % des aides au logement et un ménage sur dix dépassant le seuil de 40 %, la pression reste bien réelle pour une partie de la population.
L’enseignement principal de l’étude est donc double : le poids moyen du logement a diminué, mais les inégalités face au logement demeurent particulièrement fortes.